Œdipe maudissant Polynice

Œdipe maudissant Polynice est un tableau de Jacques-Augustin Catherine Pajou conservé à Poitiers au musée Sainte-Croix.

Huile sur toile, 2,60 par 3,30.

Œdipe maudissant Polynice

Historique de l’œuvre :

Paris, salon de 1804, n° 352 ; acheté par l’État vers 1803 pour 2 000 francs ; déposé au château de Fontainebleau ; déposé au musée de Poitiers en 1872.

Fortune critique du temps :

Anonyme (Jacques Philippe Voiart ?), Lettres impartiales sur les expositions de l’An XIII par un Amateur, Lettre XVIII, p. 3-4 ; Anonyme, Critique raisonné des tableaux du Salon, Paris, 1804.

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Bibliographie :

Philippe Nusbaumer, Jacques-Augustin-Catherine Pajou, peintre d’histoire et de portraits, Le Pecq, Éditions Philippe Nusbaumer, 1997, p. 67, n° 55, fig. 36.

Archives  :1)  Lettre de Vivant Denon, du 14 novembre 1804, directeur du musée Napoléon à Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, ministre de l’Intérieur ; 2) Lettre de Vivant Denon, du 22 juin 1813 à Jean-Pierre de Montalivet, ministre de l’Intérieur.

Lettres impartiales :

 » Va ! fils indigne du jour, que le sort ravit à ton père ! Fuis sa présence! Polynice à jamais est maudit par Œdipe !… Ce fils est à tes pieds, ô père inexorable ! Entends son repentir ! sois sensible aux pleurs d’Antigone! Ne sens-tu pas ses mains suppliantes presser Ion sein paternel? Seras-tu sourd à Ses tendres accens ? Refuseras-tu le pardon d’un frère, à celle que ses soins, doivent te rendre si chère?
Malgré l’antiquité de ce sujet, si souvent retracé par l’art, et également célébré par Euterpe et Thalie, il a toujours de nouveaux charmes quand le talent du peintre a saisi un seul des mouvemens pathétiques qu’il offre à toute ame sensible.

M. Pajou n’a pas manqué son but, et sa scène est bien choisie et bien composée. Le dessin satisfait l’œil ; mais la pose de Polynice ne semble pas juste. Il paraît repousser quand il doit implorer. La tête d’Antigone est un peu petite. On regrette qu’elle ne soit qu’un accessoire, quand elle joue le plus beau rôle. Le ton de couleur est chaud, peut-être trop historique; peut-être ces têtes sont trop modernes et leur caractère trop français, l’attitude d’Œdipe un peu théâtrale?

On ne peut cependant qu’inviter ce jeune artiste à nous faire souvent jouir de ses productions. »

Critique raisonné des tableaux du Salon :

«  Scapin : Que dis-tu de cet Œdipe, qui fait une figure si imposante ? Regarde aussi ce Polynice si bien ramassé, et cette petite Antigone, qui saute au cou de son père, habillée à la française et avec des yeux mignons ?

Te voilà toujours admirateur des caricatures. Les Grecs et les Romains embrassoient les genoux lorsqu’ils demandoient grâce ou pardon à leurs parens et aux héros, et Polynice a l’air d’un gladiateur ou d’un athlète qui se relève,  Antigone, le modèle de la piété filiale, a l’expression d’une forcenée, et une attitude théâtrale, indigne d’un sujet vraiment héroïque. Le style est beau et noble dans Œdipe, qui a une tête de caractère; mais il s’efforce mal-à-propos dans son pied droit. Le site consacré aux Euménides est bien entendu, et le tableau présente un ton de maître.« 

Archives  1: Lettre de Vivant Denon, du 14 novembre 1804, directeur du musée Napoléon à Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, ministre de l’Intérieur

23 brumaire an 13 au ministre de l’Intérieur.

Le directeur général du musée Napoléon au ministre de l’Intérieur.

Excellence, J’ai l’honneur de vous adresser le certificat de M. Pajou fils, pour toucher ce qui lui reste dû sur le tableau qu’il vient d’exposer au Salon, représentant Oedipe repoussant Polynice qui implore son pardon. S’il est de mon devoir de vous indiquer les personnes qui ont abusé de la confiance du gouvernement en ne lui offrant que des productions médiocres et indignes de leurs talents, il est de ma justice de vous désigner celles qui ont fait des efforts pour la reconnoître et s’en rendre dignes de nouveau. M. Pajou fils n’a point considéré la modicité de la somme qui lui étoit allouée (2000 francs, dont le 1er tiers a été mis sur l’arriéré de l’an 7), il n’a point calculé le tems et les frais que devoit lui coûter le prix qu’il avoit obtenu. Il a justement pensé que le gouvernement ne devait pas être plus mal servi que les particuliers, et je lui dois cet éloge que son tableau est un très bel ouvrage. Je crois donc, Excellence, que cet artiste, recommandable par ses talents et sa délicatesse, a des droits à votre bienveillance. Je vous prie de lui accorder une indemnité et de lui faire acquitter le tiers qui a été mis sur l’arriéré. Cette justice engagera les artistes qui travailleront à l’avenir pour le gouvernement à obtenir la même faveur.

Paris, musée du Louvre, Archives des musées nationaux, registre *AA5 p. 90.

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Archives  2 : Lettre de Vivant Denon, du 22 juin 1813 au ministre de l’Intérieur

.A Son Excellence le ministre de l’Intérieur.
Monseigneur,
Vous me faites l’honneur de me demander par votre lettre en date du 15 juin s’il est possible de concéder à la ville de La Haye quelques tableaux modernes de nos artistes français en dédommagement des estampes qu’elle a cédées à la Bibliothèque impériale.
Je m’empresse de prévenir Votre Excellence que je ne puis disposer d’aucun tableau que pour les décorations des palais impériaux et que, si ceux que sollicite M. le préfet du département des Bouches-de-la Meuse doivent devenir propriété de la ville de La Haye, ils ne peuvent lui être délivrés par le domaine de la Couronne, qui est inaliénable; si au contraire il existe à La Haye un palais impérial et que les tableaux demandés soient destinés à le décorer, je pense qu’on pouroit obtenir de Son Excellence le duc de Cadore d’après l’assentiment de Sa Majesté l’envoi de quelques-uns des tableaux, dont j’ai l’honneur de vous remettre la liste.
Vous verrez, Monseigneur, par le choix que j’ai l’honneur de vous soumettre, qu’il est possible de donner aux peuples de Hollande une haute idée de l’état actuel des arts en France, mais je pense qu’il ne seroit pas convenable que les tableaux que l’on désignera fussent placés de préférence au palais impérial d’Amsterdam qu’à celui de La Haye, qui n’est je crois qu’une maison de plaisance où Sa Majesté ira rarement.Tableaux proposés pour les palais impériaux de la Hollande :
1° Le Couronnement de Leurs Majestés l’Empereur Napoléon et l’Impératrice Joséphine dans la basilique de Notre-Dame, hauteur : 7 m, largeur : 10 m, par M. David….. 15° O[e]dipe maudissant Polinice, par M. Pajou fils, hauteur : 2 m 66 cm, largeur : 3 m.
Prix d’encouragement et le meilleur ouvrage de cet artiste.

Paris, musée du Louvre, Archives des musées nationaux, registre *AA9 p. 9

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